Pérou
Résidence à Marseille
21 avril – 24 mai 2026
Résidence dans le cadre du Salon d’arts visuels du Pérou,
organisé par l’Alliance française de Lima en partenariat
avec l’Ambassade de France au Pérou
Juillet – septembre 2023

Né à Puno en 1988, Álvaro Acosta est artiste, réalisateur et gestionnaire culturel péruvien. Son travail explore la relation entre photographie, archive et processus communautaires, avec un intérêt particulier pour les manières dont la mémoire se construit — depuis et avec les communautés qui en sont les premières gardiennes.
Formé au Centro de la Imagen à Lima, il est titulaire d’un Master en Cinéma Documentaire de l’Institut de Cinéma de Madrid, obtenu avec le soutien des Aides à la Formation Audiovisuelle du Ministère de la Culture du Pérou (2024–2025). Dans ce cadre, il développe son premier long-métrage documentaire.
En 2023, il participe à une résidence à Lima avec Dos Mares dans le cadre du Salon National d’Art du Pérou, avec le soutien de l’Alliance Française du Pérou.
Fondateur de la Fototeca Comunitaria, il développe un projet de médiation culturelle fondé sur une méthodologie post-custodiale pour la conservation et l’activation de mémoires photographiques auprès de personnes âgées et de communautés locales. En 2026, la Fototeca Comunitaria s’étend à l’échelle internationale avec une résidence à Marseille au sein de Dos Mares, grâce au soutien de la Dirección del Audiovisual, la Fonografía y los Nuevos Medios du Ministère de la Culture du Pérou pour la Mobilisation Internationale.
Il porte également Diario Documental, une caravane de formation audiovisuelle dans les lycées de la région de Puno, projet lauréat des Aides Économiques à la Culture pour la Transformation Sociale (2023).
À travers la photographie, le cinéma et leurs environnements culturels, Álvaro Acosta développe des projets qui habitent la mémoire comme un espace vivant, tissant des liens entre l’individu et la société, et renforçant des processus culturels ancrés dans les communautés.
La Fototeca Comunitaria à Marseille
Texte : Chiara Comito
Álvaro Acosta est un artiste et photographe péruvien dont la pratique s’ancre à l’intersection de la photographie expérimentale, de la pédagogie et du travail communautaire. Sa démarche questionne fondamentalement ce que signifie voir : non pas maîtriser une technique, mais habiter un point de vue, reconnaître l’intimité d’un regard.
Depuis trois ans, Álvaro Acosta sillonne le Pérou avec la Fototeca Comunitaria, un projet itinérant de transmission des procédés photographiques du XIXe siècle tels que la cyanotype, la chlorotypie, le photogramme, la chambre noire et le sténopé. De communauté en communauté, d’une géographie à l’autre, il travaille dans les bibliothèques et les quartiers populaires, avec des personnes qui se définissent comme migrantes, avec des enfants et des personnes âgées, à travers les générations. Ce projet ne cherche pas à constituer une collection d’images destinées aux musées ou aux galeries. Il construit des questions. Chaque atelier devient un espace de réflexion sur ce que l’image fait à ceux qui la produisent : qui choisit le cadre ? Qu’est-ce qu’on laisse disparaître ? À l’heure où l’image numérique remplace le réel plutôt qu’elle ne le représente. La Fototeca repose un geste fondamental : la patience, l’obscurité, l’attente.
Le choix des procédés du XIXe siècle constitue un geste politique en lui-même. Au Pérou, il n’existe pas d’école publique de photographie. Enseigner ces techniques dans des espaces non institutionnels, avec des outils accessibles, relève d’un acte pédagogique délibéré. Il propose un processus archivistique populaire là où les collections photographiques péruviennes sont toutes privées. En l’absence de photothèque publique, ce sont les institutions qui décident de ce qui mérite d’être conservé, et donc de ce qui peut disparaître. La Fototeca Comunitaria conteste ce monopole. Elle n’est pas un catalogue par classe sociale, par âge ou par territoire. Elle catalogue des émotions, le deuil, la mort, la mémoire familiale, ce qui unit des inconnus non pas par leur appartenance mais par ce qu’ils ressentent. C’est un album de famille de gens qui ne se connaissent pas mais partagent des histoires communes.
Álvaro Acosta s’est confronté, au cours de son processus artistique à la question de l’autorité. Refusant le rôle du « chasseur d’images » celui qui extrait et qui montre, il a cherché à ne pas exoticiser les communautés qu’il traversait, à ne pas reproduire une vision anthropologique ou coloniale du regard. Le projet repose ainsi sur un jeu de l’auctorialité : l’œuvre n’appartient pas à l’artiste seul, elle se construit dans la relation. Le processus est le travail lui-même.
Dans le cadre de sa résidence à Dos Mares, Álvaro Acosta a investi sa réflexion comme un espace de maturation conceptuelle. C’est ici qu’il a trouvé la formulation qui oriente désormais l’ensemble du projet : la fototeca n’est pas mémoire, elle est méthode. La résidence lui a permis de synthétiser trois années de terrain en un geste artistique cohérent, tout en tissant des liens avec le territoire marseillais et ses habitants.
La restitution de résidence à Marseille (Mai 2026) articule deux espaces en dialogue. D’un côté, des vidéos et photographies de la Fototeca Comunitaria sont projetées, visages, paysages et regards recueillis au Pérou. De l’autre, perpendiculairement à ce mur de projection, un mur blanc invite les visiteurs marseillais à laisser leurs propres dessins. Ce dispositif crée une conversation silencieuse entre deux territoires et deux temporalités. Les portraits capturés au Pérou et les traces dessinées à Marseille dialoguent, sans hiérarchie, dans un même espace.
Là où le philosophe Jacques Derrida rappelle que l’archive naît du désir de garder ce qui risque de disparaître, Álvaro Acosta propose une dimension supplémentaire à l’archive. Le projet de sa résidence relève du partage et de la création commune. L’exposition ne s’est pas contentée d’exposer une mémoire, mais aussi d’exposer le processus d’une mémoire en train de se faire.







